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Comment aider nos enfants à vivre leurs émotions ?

Lors de mes consultations, la gestion des émotions est souvent au coeur du travail avec les enfants, les adolescents et même les adultes.


D'ailleurs, c'est quoi une émotion ? Et puis, à quoi ça sert ?





Une émotion est un phénomène biologique. Elle nous aide à nous adapter à chaque situation.


Lorsqu'une émotion apparaît, il est important de l'analyser en décrivant ce qu'il se passe à l'intérieur de notre corps (battements cardiaques plus rapides, ou plus forts, chaleur, ...). Cela va nous aider à comprendre l'utilité de cette émotion par rapport à un contexte donné.


Attention ⚠️ ! Émotion ne veut pas dire sentiment !

L'émotion, c'est une réaction spontanée, immédiate, qui ne dure pas dans le temps, alors que le sentiment, lui, perdure (on parle par exemple de sentiments amoureux).


Les émotions sont des indicateurs importants qui nous permettent donc de prendre des décisions adaptées à un contexte, à une situation.

Par exemple : l'émotion de peur provoque la fuite. J'échappe ainsi à un danger potentiel.


Il existe 6 émotions dites "de base" :

  • La joie

  • la surprise

  • la peur

  • la colère

  • le dégoût

  • la tristesse

Ces 6 émotions sont communes à toutes les cultures du monde, de Paris à Tombouctou.

Paul Ekman, psychologue américain, a d'ailleurs fait l'expérience, dans les années 70, de faire vivre à des non-voyants de naissance, différentes émotions.

Le résultat est sans appel ; un non-voyant exprime exactement les mêmes "grimaces" qu'un voyant face aux différentes émotions rencontrées, alors qu'il ne les a jamais vues.

On peut donc dire que les réactions sont innées.




Ces émotions dites "de base" sont différentes des émotions morales, telles que la honte ou, la culpabilité, car, elles, dépendent de la culture et/ou de l'éducation, et apparaissent généralement vers l'âge de 2 ans.


Parlons maintenant de compétences émotionnelles.


Il en existe 5 :

  • capacité à identifier ses émotions

  • capacité à comprendre l'émotion (quel besoin se cache derrière)

  • capacité à réguler l'intensité de l'émotion

  • capacité à exprimer l'émotion (pour pouvoir indiquer à son entourage qu'on a besoin d'aide)

  • capacité à utiliser son émotion pour prendre une décision


Il est donc très important de TENIR COMPTE de ses émotions et non de les laisser de côté comme on l'a longtemps cru.


En effet, identifier les émotions de base nous aide à mieux interagir avec les autres et ainsi nous aide à développer des relations constructives avec les autres.

D'ailleurs, lorsque nous avons un déficit à identifier nos émotions, cela entraîne des comportements anti-sociaux associés à un manque d'empathie.

L'alexithymie (incapacité à identifier, nommer et partager ses émotions) génère des difficultés en terme de développement. Pour les parents, c'est une alerte importante à repérer.


Réguler ses émotions


Tout parent ou adulte qui a été en contact avec un enfant dira que ce dernier vit beaucoup plus intensément ses émotions 🤯.

En effet, les enfants sont plus réactifs et plus réceptifs, et ils ont moins de compétences à pouvoir réguler car leurs capacités sont réduites.


Plus on grandit, plus on réussit à réguler nos émotions fortes.

Eh oui ! Les adultes ont une capacité à rendre leurs émotions invisibles à l'extérieur. Ils ont également appris à différer ces émotions pour les exprimer plus tard. Cela ne veut pas dire que les émotions ont été mises de côté ou qu'elles n'existent plus, mais simplement qu'elles se vivent uniquement à l'intérieur parfois tout aussi intensément.


N'oublions pas aussi que nous ne sommes pas égaux-égales devant nos émotions. Il existe une grande variabilité à vivre ses émotions d'une personne à l'autre.

Certains enfants sont hautement réactifs et d'autres faiblement réactifs.

Il s'agira pour l'adulte d'adapter l'environnement : pour les plus réactifs, offrir un environnement plus apaisant, et inversement pour les moins réactifs , un environnement plus stimulant.

Au passage, les parents d'enfants très réactifs sont très souvent des parents qui ne s'estiment pas "à la hauteur", ce sont d'ailleurs eux qui consultent le plus.


Existe-t-il des solutions ?


Oui, des petits jeux ou trucs et astuces peuvent aider vos enfants à apprendre à réguler leurs émotions :

  • exercice de respiration

  • ritualiser les temps de transition (souvent source de grosses émotions)

  • jeux d'imitation

  • offrir un moment et un cadre pour se défouler (cris, gros mots, ...)

  • dessin


Et les émotions négatives alors ?


En société, ces types d'émotions (peur, colère, tristesse) sont vues trop souvent comme des caprices ou des provocations.

En tant que parent , il me semble essentiel de dédiaboliser cela : ces émotions sont là, et c'est OK pour moi.


Nous parlerons donc plutôt d'émotions désagréables tout en restant vigilant à poser un cadre et des limites.


Comme vu précédemment, une émotion est un messager.

Une émotion, même désagréable, aide donc le parent à comprendre un dysfonctionnement dans l'environnement de l'enfant.

Du côté de l'enfant, être triste par exemple ne doit pas être caché ou tu. Au contraire, cela mérite qu'on s'y arrête pour comprendre et identifier ce qu'il se passe.


En clair, s'arrêter sur une émotion c'est : apprendre à l'identifier, à l'accueillir, tout en maintenant un cadre.


Je noterais au passage le déficit de vocabulaire que nous avons en matière d'émotions, et que nous pouvons apprendre à développer.

Quelques exemples :

  • émotion de joie : allégresse, amusant, contentement, euphorie, plaisir

  • émotion de colère : agitation, exaspération, frustration, aversion, rage

  • émotion de tristesse : anxiété, chagrin, mélancolie, cafard, solitude

  • émotion de peur : angoisse, crainte, détresse, inquiétude, terreur

  • émotion de dégoût : culpabilité, humiliation, insulte, regret, remord

  • émotion de surprise : ahurissement, curiosité, intimidation, pudeur, apathie


En bref, plus on est capable d'apporter des nuances dans les émotions, plus on est capable de les comprendre et donc, de les gérer.


Les chercheurs ont d'ailleurs mis en relation les compétences émotionnelles avec les compétences cognitives et scolaires.

Nous avons déjà toustes fait l'expérience d'être accaparé-es par des ruminations (provoquées par une mauvaise gestion des émotions), qui nous empêchent de rester concentré-e et focalisé-e sur notre travail 😉.


Et alors ? Être parent c'est passer un master en psycho ?


Non ! Fort heureusement !

Là encore, il s'agit de faire déculpabiliser les parents.

On ne naît pas parent, on le devient. Et si le manuel du parfait parent existait, ça se saurait ☺️.




En revanche, nous attendons bientôt les retombées de la commission des 1000 premiers jours de Boris Cyrulnik, et l'éducation nationale commence à mettre en place un programme de développement de compétences émotionnelles avec dans ce programme :

  • compétences psycho-sociales : qui aide à s'adapter au quotidien

  • compétences cognitives : pour la connaissance de soi, de ses ressources et de ses limites

  • compétences émotionnelles (sujet de cet article)

  • compétences sociales : empathie, coopération avec l'autre


Il s'agit donc d'un "kit empathie et compétences psycho-sociales" pour apprendre à développer ces compétences à partir de la maternelle et tout au long de sa scolarité.


En conclusion, un enfant doué de compétences émotionnelles, est un enfant qui se comprend et qui est compris de toustes. Pour cela, il a besoin de l'adulte qui l'aidera à franchir toutes les étapes.


Vous ou votre enfant rencontrez des problèmes de gestion des émotions ?





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